Cas pratiques

Organiser une conférence de presse : la croix et la bannière

A évènement exceptionnel, communication inhabituelle : pour la venue à Lyon de Mgr Ramazzini, évêque du Guatemala impliqué dans des luttes sociales, l’antenne régionale du Comité catholique contre la faim et pour le développement (CCFD- Terre solidaire) a organisé pour la première fois une conférence de presse au Club de la presse de Lyon le 17 mars 2014. Avec trois journalistes seulement présents, le bilan semble décevant mais pas pour Isabelle Balivet, bénévole de l’association.

article rédigé par Christine Cognat de l’association Reporters solidaires

de gauche à droite : Monseigneur Ramazzini (évêque du Guatemala dans le diocèse du Huehuetenango) et René Valette (ancien président national du CCFD-Terre Solidaire). ©www.clubpresse.com

de gauche à droite : Monseigneur Ramazzini (évêque du Guatemala dans le diocèse du Huehuetenango) et René Valette (ancien président national du CCFD-Terre Solidaire).
© http://www.clubpresse.com

«  Cette conférence de presse m’a permis de rencontrer des journalistes qui m’ont aidée. Les autres, même s’ils ne sont pas venus, auront au moins entendu parler du CCFD ». Isabelle Balivet, bénévole à l’antenne régionale du Comité catholique contre la faim et le développement (CCFD-Terre solidaire) n’est pas déçue par le manque de succès de la conférence de presse qu’elle a organisée récemment et pour la première fois à Lyon. « Nous n’avions pas d’objectifs particuliers, pas d’attentes spéciales », affirme-t-elle.

CartonJaune Et pourtant, la venue de Mgr Ramazzini, évêque du Guatemala fortement engagé contre la confiscation des terres par des multinationales peu soucieuses de l’intérêt des populations et du respect de l’environnement, constituait un évènement suffisamment important pour justifier la curiosité des médias, d’autant plus qu’elle s’inscrivait dans une série de rencontres avec des  « acteurs de transformation sociale des pays du sud » et faisait écho au plaidoyer que mène actuellement le CCFD contre les « investissements Hors Jeu », c’est-à-dire non responsables.

 «  Comme ce n’est pas mon métier et que je n’avais jamais organisé d’action de communication, je me suis adressée à des journalistes de la revue Eglise à Lyon qui m’ont conseillée de voir avec le Club de la presse, où j’ai été très bien reçue, pour louer une salle et obtenir les noms de journalistes et médias potentiellement intéressés. Ils m’ont également aidée à réaliser le dossier de presse afin qu’il soit clair, donne des informations précises, les coordonnées de personnes à contacter, etc. Puis j’ai fait valider le document par la responsable de la communication nationale du CCFD», ajoute Isabelle Balivet.

Effectivement, le dossier de presse est une réussite. On y trouve sur trois pages les photos accompagnées d’une petite présentation des intervenants aux rencontres citées à la une, des renseignements pratiques mais aussi, en 4e de couverture, un rappel historique de l’association. Envoyé aux journalistes qui n’ont pu se rendre à la conférence de presse, il leur servira de toute façon de base de travail.

67 mails, 0 réponse

«  J’ai adressé, quinze jours ou une semaine avant la conférence de presse selon les médias, 67 mails aux journalistes listés par le CCDF, l’Eglise à Lyon et le Club de la presse, sans avoir la moindre idée de ce que cela allait donner. Puis j’ai effectué des rappels. Résultat : 0 réponse », constate Isabelle Balivet, pas découragée pour autant. « C’était pour nous une première, un test, ce n’est pas négatif ».

Il est vrai qu’avec 350 000 donateurs, 15 000 bénévoles, 170 salariés et un budget annuel de 40 millions d’euros, la CCFD, première ONG française de développement, n’a pas besoin de publicité pour récolter des fonds. Mais ici, l’enjeu était différent. « Nous voulions montrer que l’Eglise peut s’engager aux côtés des plus démunis dans des combats sociaux ». Donner en quelque sorte une image plus politique de l’aide au développement, à travers les propos de Mgr Ramazzini.

A partir de là, on peut tenter de décrypter l’échec relatif de cette conférence de presse, deux journalistes sur les trois présents travaillant dans des médias catholiques. Il n’y avait par exemple, aucun représentant du Progrès, seul quotidien à Lyon, en situation donc de monopole, ce qui ne favorise pas la pluralité de l’information.

Il faut rappeler que jusqu’en 1992, date de la fusion du Progrès et de Lyon Matin par Robert Hersant, la ville comptait six quotidiens. Certes, la presse écrite subit la concurrence d’Internet mais les journaux disparus n’ont pas été remplacés par des médias électroniques disposant de véritables rédactions comme Médiapart.

Pire : l’actualité nationale et internationale du Progrès est traitée, depuis dix-huit mois, par un bureau parisien qui rédige les « informations générales » pour tous les titres du groupe EBRA détenu par le Crédit mutuel, soit tous les quotidiens de l’Est de la France. Ceux-ci offrent à leurs lecteurs des pages communes et une information unique. On comprend bien dès lors qu’il n’y ait pas de place dans ces pages pour l’action des ONG, sauf catastrophe ou scandale majeur comme celui de l’Arche de Zoé.

Pour en revenir à la conférence de presse du CCFD, annonçant un évènement local – des conférences et la venue d’une personnalité étrangère à Lyon – mais de dimension nationale voire internationale avec la campagne de l’association en faveur d’investissements responsables, elle présentait une information que les médias lyonnais, quotidien, antennes locales de radios ou chaînes de télévision nationales, ne savent plus traiter. Les rares hebdomadaires (la Tribune de Lyon) et mensuels (Lyon Capitale, Mag2 Lyon) de la région ne s’intéressent guère à ces thèmes.

Restent les « médias citoyens » qui relaient largement les actions de solidarité mais n’ont pas une grande audience. Pour faire parler d’elles, les ONG doivent donc solliciter le plus de monde possible, en ne négligeant ni les grands médias généralistes ni les multiples outils de communication mis à leur disposition : réseaux sociaux, sites Internet, blogs, tout en gardant à l’esprit qu’une information, quel que soit son intérêt, est un peu comme une bouteille qu’on jette à la mer. Un jour peut-être, quelqu’un la repêchera et en fera bon usage.

Inspirez le projet ! Partagez avec nous des « cas pratiques » : une campagne de sensibilisation que vous trouvez intéressante, un média qui parle des thématiques de solidarité internationale …Faites-nous le savoir en cliquant sur les liens et en renvoyant le formulaire à acastelnuovo@resacoop.org

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