Cas pratiques

Altermondes lance sa nouvelle formule : les sociétés civiles à l’honneur !

A l’occasion du lancement de la nouvelle formule d’Altermondes le 18 septembre, nous avons interrogé David Eloy, rédacteur en chef du magazine pour partager sa vision du rapport entre Médias et Solidarité Internationale.

La création d’Altermondes, en 2005, émane d’une insatisfaction par rapport au traitement médiatique des questions internationales dans les médias traditionnels. David Eloy dresse le constat suivant : « le traitement est favorable aux grandes puissances, ne laissant qu’un espace très réduit voire nul à d’autres pays, évoqués qu’en cas de problèmes. Sur ce type de sujet, la parole est accordée à des ‘ experts’, des personnalités du monde politique mais rarement aux acteurs de la société civile. »

Pourtant, Altermondes est convaincu qu’il existe un public intéressé par un média qui proposerait un autre regard sur le monde et sur ces questions en partant du point de vue des sociétés civiles*. C’est pourquoi le parti pris du magazine est de donner la parole à celles et ceux que l’on n’entend pas ou peu.

C’est ainsi que passée la barre des 2000 abonnés, l’équipe estime qu’il est temps d’élargir son public. Le 18 septembre 2014, la nouvelle formule est donc lancée avec une nouvelle accroche : « Nous lire, c’est déjà agir ». Il s’agit d’un magazine papier retravaillé, avec un site internet et un changement de statut. L’association devient une SCIC (Société Coopérative d’Intérêt Collectif) réunissant des sociétaires issus du monde de l’information, des organisations de la société civile, des lecteurs et des salariés.

L’objectif reste le même : proposer un autre regard sur le monde en partant du point de vue des sociétés civiles. Expliquer et décrypter les enjeux, croiser les regards entre pays du « Nord » et du « Sud » et s’éloigner de l’image du « Nord » favorisé qui vient en aide au « Sud » défavorisé.

Pour David Eloy, cette image -que certains médias peuvent contribuer à véhiculer- n’est pas le reflet de la réalité. Il constate que pour un journaliste « dans la liste des sources crédibles à consulter, les ONG arrivent à la fin. » Dans le cas où le journaliste dispose du temps nécessaire, il aura donc épuisé toute sa liste de sources avant de parvenir à l’ONG… « La société civile n’est pas sollicitée, ni les forces sociales à l’œuvre. Dans le traitement actuel des médias, tout un pan de la réalité est occulté ».

L’explication tient au fait que « les ONG sont vues comme des acteurs de terrain, d’urgence, en opposition à des ‘experts’, plus dans la réflexion. C’est le symptôme d’un manque de connaissance entre ces deux mondes. »

Ce « manque de pluralité des points de vue » a pour effet d’amputer une partie de la réflexion sur un sujet donnée. On ne saurait insister suffisamment sur l’importance de cette recherche de richesse de la réflexion, notamment car il s’agit d’un des fondamentaux historiques du journalisme. Dans sa tribune, Altermondes rappelle que « les journaux sont nés avec la démocratie et l’information a longtemps été indissociable de la volonté de former des citoyens éclairés et actifs ».

David Eloy explique : « il ne s’agit pas de donner raison à l’une ou l’autre des parties prenantes, mais de proposer une diversité de point de vue, une mise en débat. »

Il évoque le baromètre La Croix-TNS Sofres qui confirme chaque année le peu de crédit accordé par les Français aux journaux, radios et télés. Ce fossé, il le retrouve entre ONG et médias.

Cela s’illustre par une méconnaissance du fonctionnement des médias de la part des ONG. Pour David Eloy, celles-ci doivent se remettre en question, c’est-à-dire « apprendre à fonctionner avec les journalistes, et ne pas seulement les considérer comme une courroie de transmission. »

En effet, du côté des médias l’interlocuteur « doit répondre des contraintes propres à son milieu, sa profession. Un journaliste doit pouvoir convaincre sa rédaction et un pigiste doit pouvoir vendre son sujet à des médias. » Imaginer des choses ensemble reste encore la solution la plus intéressante pour que chacune des parties puissent s’y retrouver…Il est donc intéressant de travailler à favoriser les échanges entre les deux mondes. D’après David Eloy : « chacun ne doit pas rester sur sa rive ! ».

Dans le même esprit que la SCIC (Société Coopérative d’Intérêt Collectif) qu’est désormais Altermondes, la co-construction est aussi à l’honneur sur leur site internet (www.altermondes.org).

« A partir de janvier 2015, chaque mois, une question sera posée [sur le site] permettant à professionnels et non-professionnels (blogueurs, étudiants en journalisme…) d’argumenter, de proposer du fond et non seulement de  commenter. Les meilleurs éléments seront repris dans l’édition papier d’après, et permettront au journaliste d’ouvrir son angle, de mettre les choses en perspective. Du côté des acteurs de la société civile, cela leur permettra de réfléchir avec des clés journalistiques puisque le site va permettre cet aller-retour entre professionnels et non-professionnels. »

Ainsi, il ne s’agit pas de se limiter à la production et diffusion de contenu, mais bien d’ouvrir des espaces de dialogue : en d’autres termes contribuer à rétrécir le fossé qui sépare aujourd’hui les médias et la société civile.

En savoir plus…

*société civile : « le domaine de la vie sociale organisée qui se fonde sur le volontariat, la spontanéité, une autosuffisance, l’autonomie vis-à-vis de l’Etat, qui est lié par un ordre légal ou un ensemble de règles communes. Elle se distingue de la “société” en général dans le sens où elle implique des citoyens qui agissent collectivement dans un espace public pour exprimer leurs intérêts, leurs passions et leurs idées, échanger des informations, atteindre des buts communs, interpeller les pouvoirs publics et demander des comptes aux représentants de l’Etat. » d’après Larry Diamond, professeur de sciences politiques et de sociologie à l’université de Stanford, aux Etats-Unis, 2006.

Feuilletez un extrait du dernier numéro en cliquant sur l’image :

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