Cas pratiques

L’avenir des médias francophones en Afrique


Assises du Jounalisme MetzQuelle est la responsabilité des journalistes dans la production de l’information ? À une époque où cette profession figure dans les dernières places pour la confiance que lui accorde le public, la question méritait d’être posée, y compris pour analyser la situation en Afrique, comme ce fut le cas lors de la 8ème édition des Assises internationales du journalisme et de l’information qui s’est tenue les 16-17 et 18 octobre à Metz.

Par Romain Hugon

Certes la production de l’information ne relève pas que des seuls journalistes mais ils sont les premiers à pouvoir revendiquer par leur métier, mais aussi par leur action au sein des rédactions et des entreprises de presse, le respect de la déontologie professionnelle.

Entre autres échanges, un débat prospectif a été ouvert lors d’un atelier réuni pour tenter d’appréhender quelle sera l’offre éditoriale pour les quelques 800 millions de francophones que l’on devrait comptabiliser en 2050 selon les estimations démographiques. À Metz, en partenariat avec l’Alliance francophone, on s’est attaché plus particulièrement à l’évolution de la situation pour la communauté francophone d’Afrique.

Les nouvelles technologies numériques modifient complètement la donne mais comme le souligne Jean Guion, président de l’Alliance francophone, l’innovation n’aura de sens qu’à conditions « de ne pas tout sacrifier à la technologie, de ne jamais perdre de vue l’humain ».

Pour autant il s’agit, pour les médias francophones, de ne pas perdre de temps et notamment de s’adapter aux nouvelles formes de diffusion indique Olivier Zegna Rata (Afrik.com) en évoquant le développement de la numérisation des réseaux hertziens pays par pays pour remplacer la diffusion par satellites. Désormais les États peuvent sélectionner des ensembles de chaînes et d’ores et déjà des groupes chinois notamment ont pris la main dans certains pays : « en offrant le développement du réseau TNT ils ont un accord pour 25 ans sur la sélection des chaînes ».

Pour les Africains c’est aussi une opportunité à saisir et au Cameroun par exemple, les productions nigérianes Nollywood TV dépassent TF1 en audience, exemple significatif de la baisse d’influence des groupes francophones sur les structures de diffusion.

Miser sur la qualité de l’information

Reste cependant que la viabilité des réseaux dépendra de la capacité à proposer des contenus informatifs de qualité sur l’actualité internationale mais également plus proches des réalités locales.

Or l’Afrique francophone n’est pas un ensemble homogène et il convient de l’appréhender à l’échelle des grandes régions du continent au sein desquels doivent s’organiser échanges et réflexions comme c’est déjà le cas avec les Universités de la communication organisées avec l’Alliance francophone au Burkina Faso. Déjà en 2005, une alliance de journaux avait été envisagée lors d’une réunion à Niamey sous l’égide de l’Unesco. Malheureusement sans lendemain, la tendance d’alors étant davantage au « chacun pour soi ».

Les nouvelles technologies ayant complètement bouleversé l’organisation des médias, ceux-ci sont plus enclins à travailler ensemble et cela s’est concrétisé en 2014 avec la création d’un groupement pour créer des partenariats entre médias de services publics de plusieurs pays.

Construire des partenariats

Dans un tel contexte, un espace francophone peut se développer par un effort accru des grands médias comme c’est le cas pour Le Monde avec le lancement d’une version africaine de son site Internet, le projet d’une web radio France Culture Monde en 2016 ou encore l’accessibilité des productions de Radio France Internationale via les téléphones portables. Mais cela dépendra aussi de la capacité à établir des partenariats pour développer des structures africaines de production d’informations y compris avec les langues locales dont l’expression peut plus facilement se transmettre avec le numérique.

Cela implique aussi de poursuivre et d’amplifier les actions d’éducations et de formations professionnelles des journalistes dont on constate qu’ils gagnent en liberté au fur et à mesure de l’évolution démocratique des pays. Mais quand l’information est moins soumise aux censures gouvernementales elle peut, en revanche, être menacée par les capacités financières et, là aussi, l’heure est aux partenariats entre petits médias, autrement condamnés à céder la place aux grands groupes pour lesquels une information n’est pas forcément gage de rentabilité.

Enfin il conviendrait également que la France n’empêche pas la venue des journalistes africains comme ce fut encore le cas cette année pour certains d’entre eux qui, faute de visas, n’ont pu venir aux Assises où ils étaient invités. Sans commentaires.

Pour écouter l’intégralité du débat : http://www.journalisme.com/les-assises/ecouter-les-assises/1426-800-millions-de-francophones-en-2050-quelle-offre-editoriale

Une réflexion sur “L’avenir des médias francophones en Afrique

  1. Pingback: Retour sur les Assises internationales du journalisme | Rhone-Alpes Devreporter Network

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s