Cas pratiques

Le vrai/faux journal, opération choc de sensibilisation

Dans le cadre du « forum des sociétés civiles sur les agricultures paysannes » qui se tenait en décembre à Lyon, Peuples Solidaires / ActionAid France a lancé une opération de sensibilisation sous forme d’un faux numéro du journal 20 minutes. Objectif : attirer l’attention de la population sur les problématiques d’appropriation de terres à grande échelle. Retour sur un happening coup de poing.

Par Romain Desgrand

Imaginez la scène : vous sortez du métro pour vous rendre au travail, une main chaleureuse vous tend un journal gratuit que vous saisissez machinalement. Un coup d’œil à la Une. Et là… stupeur et incompréhension. Votre ville va être rasée, ses habitants expropriés, ses terrains transformés en champs  par des investisseurs sénégalais. Et tout ça pour produire de la canne à sucre ! L’information principale fait l’effet d’un coup de masse.

Nous sommes jeudi 18 décembre 2014 à Lyon. Le titre du journal annonce en grosses lettres « 45 000 Lyonnais expulsés ». Sur la photo, la Place des Terreaux est envahie par les bulldozers. Il faut tourner la page pour comprendre que cet imprimé de quatre pages est, en réalité, un postiche du gratuit 20 Minutes, baptisé 02 Minutes. L’imitation est troublante. De loin, difficile de faire la différence entre le vrai et le faux. Pour Peuples Solidaires/ActionAid France, l’opération est réussie. « Le format d’un faux journal nous est apparu pertinent pour attirer l’attention du public et sensibiliser sur la thématique des accaparements de terres, explique Ingrid Aymes, chargée de mission Souveraineté alimentaire pour Peuples Solidaires/ActionAid France. En pénétrant le quotidien du public, il produit un « effet surprise » et permet de « vivre » directement l’information transmise ». 

Un sujet peu abordé dans les médias

Sur place, certains passants s’arrêtent et demandent plus d’informations. Placé directement dans la peau d’un citoyen des pays du Sud, le lecteur s’identifie, cherche à comprendre, s’intéresse… Le défi n’était pourtant pas gagné d’avance.  « Le sujet de l’appropriation des terres à grande échelle reste peu abordé dans les médias traditionnels, explique Ingrid Aymes. Ce thème n’est pas toujours très clair et inclut des problématiques foncières complexes ». Même le terme utilisé pour aborder le sujet pose questions. Pour certains pays il s’agit « d’investissements fonciers à grande échelle », Peuples Solidaires/ActionAid France parle « d’accaparements de terres », tandis que l’expression « appropriations de terres à grande échelle », semble plus consensuelle.

Des « conditions scandaleuses »

Mais derrière ces expressions fabriquées se cachent de réels impacts pour les habitants concernés (le Soudan, le Congo, le Mozambique et les Philippines font, par exemple, partie des pays les plus ciblés). L’association estime que ce phénomène représente près de 138 millions d’hectares dans le monde soit 2,5 fois la France métropolitaine. « Ces accaparements se caractérisent par les conditions scandaleuses dans lesquelles ils sont orchestrés. Considérées comme vacantes et libres de droit, les terres accaparées sont pourtant occupées par des populations dont les droits fonciers sont fragiles et informels. Le consentement de ces populations n’est quasiment jamais obtenu de manière « libre, préalable et éclairée », bien que ce soit une obligation en matière de droit international », écrit Ingrid Aymes dans l’article central de 02 Minutes. Mais pourquoi cette course effrénée vers plus de terre ? La population mondiale ne cesse d’augmenter et la planète devrait accueillir plus de 10 milliards d’êtres humains à la fin du siècle selon les projections de l’Institut national d’évolution démographique (Ined). Plusieurs États cherchent ainsi à assurer leur approvisionnement en denrées alimentaires. Une stratégie absurde pour la chargée de mission. « Aujourd’hui, 1/3 de la production est gaspillée, explique-t-elle. La solution n’est pas de produire plus, c’est de produire mieux. »

La force du travail en réseau

Ce plaidoyer qui vise une tolérance zéro à l’égard des accaparements de terres s’inscrit dans le cadre de la campagne internationale #LandFor. « L’impact de nos actions de communication et de sensibilisation dans les médias varie en fonction de l’agenda politique. Il est plus simple de transmettre un message sur un sujet lié à la solidarité internationale lorsqu’il est ancré dans l’actualité. Nous croyons également beaucoup en la force du travail en réseau. Si les acteurs de la solidarité internationale communiquent seuls, chacun de leur côté, ce n’est pas suffisant. La collaboration des sociétés civiles permet de démultiplier l’impact du message ». C’était notamment le cas pour l’opération « 02 Minutes » lancée en parallèle du Forum des sociétés civiles sur les agricultures paysannes, organisé par Coordination SUD et la Confédération paysanne.

Résultat : l’initiative a pu bénéficier de retombées dans la « vraie » presse notamment sur France Bleue et dans  L’Humanité.

Téléchargez le 02 Minutes ou le lire ci-dessous :

 

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