Débats

Abdoulaye Ouattara : « Il faut un équilibrage de l’information »

3 © Romain Desgrand

Comment améliorer l’information sur les pays dits du « Sud » dans les médias ? Quels modes de coopération peuvent adopter les journalistes et les acteurs de la solidarité internationale pour travailler ensemble à la construction d’une information plus contextualisée tout en s’éloignant des stéréotypes ? Telles étaient les problématiques soulevées durant l’Atelier DevReporter Network le 16 et 17 mars dernier à Barcelone. Présent lors de cet événement international, Abdoulaye Ouattara est journaliste burkinabé, membre de Reporters Solidaires et lauréat de nombreux prix dont celui de la créativité décerné au « festival ondes de liberté au Mali ». Il nous livre ses impressions.

 

Vous revenez de l’atelier international DevReporter Network à Barcelone. Qu’avez-vous retenu des échanges pendant ces deux jours ?

Je retiens qu’il y a un grand besoin de communication autour des actions de la solidarité internationale.  Et les acteurs ont exprimé vivement ce besoin. Il reste que par incompréhension ou par confusion de la part de certains acteurs de la solidarité, le rapport avec les journalistes n’est pas toujours le meilleur. C’est en cela que l’atelier de Barcelone a été un exemple, exemple qu’il  faut d’ailleurs démultiplier auprès d’un grand nombre d’acteurs. En effet, il a permis aux journalistes et aux acteurs de la solidarité de se comprendre, de tracer des pistes pour une bonne collaboration où chacun pourra jouer son rôle. Le fait de donner la parole aux journalistes africains est le signe, pour moi, que les acteurs de la solidarité internationale ont compris leur rôle.

En tant que journaliste, quelles sont, selon vous, les meilleurs pistes pour que les organisations de la solidarité internationale et que les médias travaillent ensemble à la déconstruction des stéréotypes  et au décryptage de l’information ?

Les pistes de cette collaboration ont été tracées à travers les différents ateliers en groupe. Il est important que les acteurs de la solidarité internationale travaillent avec les journalistes dans les régions où ils interviennent. Ceux-ci connaissent bien les réalités de leur territoire et les besoins des populations avec lesquelles ils vivent. En impliquant les journalistes de ces zones, ils pourront être des pisteurs d’une part pour les journalistes du Nord qui, nous le savons, sont intéressés par les sujets liés à l’Afrique, et d’autre part pour les organisations qui les ont invité.

Pendant ces deux jours, l’utilisation de l’expression « pays du Sud » a fait débat. Qu’en pensez-vous ?

Ce mot, certes, dans son contexte réel ne correspond pas à une limite de l’hémisphère Nord  et de l’hémisphère Sud. Car Brandt, en utilisant cette image faisait allusion aux pays développés et ceux en voie de développement. Il est vrai que ces pays en voix de développement ont besoin d’accompagnement mais il est judicieux de reconnaitre qu’ils ont des potentialités humaines, des richesses économiques. En utilisant au minimum cette expression, on évite de stigmatiser l’Afrique. C’est vrai que ce mot est peu employé dans la presse africaine, mais il reste beaucoup utilisé dans les milieux associatifs et par les acteurs du développement. Je pense qu’aujourd’hui il faut voir tous ces pays comme des partenaires et éviter ce langage qui peut être choquant pour certains.

En tant que journaliste burkinabé, que pensez-vous du traitement de l’information liée à votre pays et au continent africain dans les médias européens ?

Le principe de la proximité ou du « mort au kilomètre » fait que l’on parle beaucoup du Burkina Faso dans certains médias en Europe. Mais le constat est que souvent tout cela se fait lorsque le pays traverse des moments difficiles. Le Burkina Faso ce n’est pas que la modification de l’article 37 (article de la limitation du mandat présidentiel), ce n’est pas que la famine, ce n’est pas non plus que la pauvreté. Il y a des jeunes battants, des femmes entrepreneuses, des paysans courageux. Il faut en parler, non ? En général, on a l’impression que l’information distillée dans les médias européens vise à imposer la politique européenne à l’Afrique, à défendre l’intérêt de l’Europe. Certaines informations sont amplifiées. Or, sur le terrain, nous, journalistes africains, constatons que la réalité est tout autre. C’est ce qu’il faut changer. Il faut un équilibrage de l’information en le collant à la réalité du terrain. Il faut que l’Afrique soit accompagnée aussi dans sa politique de développement par les médias européens.

Avez-vous un message à faire passer ?

Le message est clair, il faut une bonne collaboration entre les acteurs de la solidarité internationale et les journalistes africains. Il faut les impliquer. Mais, il faut aussi que les journalistes africains s’intéressent de plus en plus à cette thématique. Il est aussi de notre devoir en tant que journaliste africain de mieux vendre l’image de l’Afrique.  Pour paraphraser Rose-Marie Di Donato, directrice de Resacoop, « le chemin est encore long, mais les choses ont bougées et nous sommes en route ».

2 réflexions sur “Abdoulaye Ouattara : « Il faut un équilibrage de l’information »

  1. Abdoulaye Ouattara est un journaliste très professionnel, avec une éthique qui impose le respect.
    Nora Khennouf
    Docteure en Histoire
    Enseignante Lettres-Histoire.

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