Cas pratiques

Pourquoi les films du « Sud » ne sont-ils pas plus présents sur nos toiles

Les Terrasses de Merzak AllouacheÀ l’occasion du 15e Festival Cinémas du Sud, une table ronde « Production et distribution des films du Sud » se tenait fin avril au siège de la région Rhône-Alpes à Lyon. DevReporter Network y a assisté afin de faire le parallèle entre le septième art et le monde du journalisme. En effet, tout comme pour la diffusion de l’information sur les pays du « Sud », la distribution de films et de documentaires est confrontée à plusieurs obstacles…

C’était une première : proposer une table ronde en marge du Festival Cinémas du Sud organisé par Regard Sud et l’Institut Lumière. Le rendez-vous a réuni plusieurs professionnels du cinéma des pays arabes et de France (producteurs, distributeurs, exploitants de salles de cinéma). Dans un cadre non académique, les participants ont évoqués les barrières que rencontrent les films et les documentaires réalisés au Moyen-Orient et au Maghreb pour se faire une place dans les salles obscures de l’Hexagone. Le contexte en France est particulier : 80 % de la programmation est faite par seulement deux programmateurs. Une fois les choix de ses poids lourds établis, la place restante est donc mince.

Au-delà de ce constat, le débat a permis de mettre en lumière plusieurs difficultés rencontrées par les cinéastes du monde arabe :

  • L’effet de mode. L’actualité, le succès d’un film, l’air du temps… certains pays peuvent partiellement être à mis l’honneur en fonction des années comme a pu l’être le cinéma argentin ou le cinéma marocain. « Bingo ! » pourrait-on penser. En réalité, l’effet de mode complique la distribution. Les producteurs sont orientés par des thèmes « exotiques » qui vont séduire les financeurs occidentaux, occultant ainsi toute la diversité des réalisations.
  • L’autocensure (et la censure). Elles restent présentes dans certains pays du « Sud » à des degrés très divers et sur des sujets différents. En Iran, par exemple, la République islamique étouffe tout projet artistique ne correspondant pas à son cadre. Dans les pays où les réalisateurs ne sont pas ouvertement réprimés, ils brident parfois eux-mêmes leur créativité dans le but d’obtenir des financements. Enfin, lorsque la liberté d’expression est respectée, la circulation des films à l’intérieur même du monde arabe reste complexe. Le producteur et distributeur Hachemi Zertal a notamment expliqué que si un film réalisé en Algérie était dérangeant pour le régime, il n’obtiendrait pas son visa d’exploitation. Comment l’artistique peut-il s’exprimer face à de telles contraintes ?
  • La barrière de la langue. Les participants à la table ronde ont souligné le fait que le recourt au sous-titrage se raréfie au bénéficie du doublage. Or celui-ci est bien plus cher. Beaucoup de petites productions ne peuvent pas se l’offrir.

Pour booster la réalisation de films étrangers l’ « Aide au cinéma du monde » existe mais reste très sélective. Par ailleurs, certains appuis de grandes chaînes comme Canal + ou Arte ne sont plus d’actualité ou très réduits.

L’importance d’éduquer les jeunes générations le plus tôt possible à la diversité du cinéma a été soulignée lors de la table ronde. À Marrakech, par exemple, le cinéma Le Colisée œuvre pour les réalisations marocaines, arabes et de, manière générale, pour une représentation des films internationaux. Une opération est menée auprès du jeune public avec la mise en place de dossiers pédagogiques lors de la projection de certains films. Des formations sont également organisées pour les enseignants.

Le Festival Cinémas du Sud existe depuis 1999. Cette année, le programmation proposait notamment de découvrir Les Terrasses (Merzak Allouache) et Before Snowfall (Hisham Zaman). Cet événement tente chaque année de montrer que les films du Moyen-Orient et du Maghreb peuvent toucher le public français et que le septième art reste un excellent  vecteur de communication entre les peuples.  Actuellement en salle, Taxi Tehéran (Jafar Panahi) a été salué par la critique et rencontre un beau succès.

Photo : Les Terrasses de Merzak Allouache

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