Activités/Débats/Rencontres

« Les reporters ont presque une approche standardisée des sujets liés à la solidarité internationale »

2 © Romain DesgrandDepuis bientôt trois ans, plusieurs rencontres et forums internationaux sont organisés par DevReporter Network. Objectif : amener journalistes, acteurs de la solidarité internationale et universitaires à échanger sur leurs pratiques pour mieux travailler ensemble. C’est également l’occasion de rassembler des professionnels issus des pays du Nord et du Sud. Dans ce témoignage, Aissata TRAORE, journaliste guinéenne, revient sur son expérience au Forum international de Turin qui a lieu en juin dernier.

Je m’appelle Aissata TRAORE. Je suis guinéenne et titulaire d’un Master 2 en nouvelles pratiques journalistiques, que je viens d’obtenir à l’Institut de Communication de Lyon 2. Engagée au sein de plusieurs associations de femmes et de journalistes, je nourris une véritable passion pour le bénévolat et l’humanitaire.

Je m’intéresse particulièrement aux questions liées à la solidarité internationale et aux rapports qu’entretiennent les ONG du nord et celles du sud d’une part, et d’autre part, les journalistes et  les partenaires au développement.

C’est grâce à l’association Reporters Solidaires que j’ai pris part au forum de Turin en juin dernier. Personnellement, je viens d’un pays (la Guinée-Conakry) où des responsables de medias audiovisuels (tv, radio, presse écrite, presse en ligne) accordent en général peu d’importances aux thématiques liées à la solidarité internationale. Cela au détriment « des sujets qui font vendre » comme la politique ou l’économie.

Les reporters ont presque une approche standardisée des sujets liés à la solidarité internationale. C’est-à-dire qu’on dépasse très rarement le simple niveau du compte- rendu. Mais peu ou pas d’analyses de fond au-delà de l’événement, donc du factuel. Une ONG anti-corruption ou une association qui se bat pour l’eau en Afrique par exemple, ne se verront médiatisées que quand elles organisent une conférence-débat ou inaugurent un forage. Pire, les termes utilisés relèvent souvent du domaine professionnel ou spécifique des ONG, que le public cible ne déchiffre pas forcément.

Par ailleurs, je déplore aussi le déficit de communication et /ou de collaboration entre les journalistes locaux et ceux du « Nord ». Car selon mes expériences, ces journalistes n’associent pas forcément leurs confrères du « Sud » à leurs projets. Il m’est personnellement arrivé par exemple de ne pas me retrouver dans un article portant sur la Guinée écrit par un journaliste étranger.

C’est pourquoi je salue vivement les recommandations du Vadémécum issues du forum de Turin (ndlr. document disponible prochainement). Car j’estime qu’il est indispensable effectivement que l’on développe ou initie des nouvelles stratégies de communication :

  • d’une part pour que les journalistes de tous pays se concertent si nécessaire, et s’intéressent davantage aux thèmes de développement et de solidarité internationale,
  • d’autre part, pour que les acteurs de la solidarité, les bailleurs de fond et les journalistes établissent un rapport de confiance basé sur le dialogue.
18642320588_e968ebfb10_o

Forum DevReporter à Turin

Par ailleurs, j’ai également apprécié les méthodes interactives et participatives de « l’Open Space », qui ont donné lieu à des débats constructifs. Il  a  permis notamment  aux différents participants d’échanger sur leurs expériences et leurs projets respectifs. La session a été très enrichissante et m’a permis d’interagir avec des profils super intéressants. J’ai  rencontré  des personnes extrêmement volontaires et engagées, avec lesquelles j’ai vite découvert notre passion commune pour le monde associatif et pour les missions d’intérêt général. Grâce aux amitiés tissées, nous  n’excluons pas de collaborer ensemble  autour d’un projet dans l’avenir.

J’ai aussi apprécié la conférence qui a réuni plusieurs noms des medias de réputation internationale comme  Al Jazeera ou RFI par exemple. Les conférenciers ont su animer et susciter dans une approche approfondie, des  débats souvent contradictoires ; et donc constructifs, sur les enjeux actuels de l’information sur la solidarité internationale.

Bref, le forum de Turin restera une expérience inoubliable pour moi. Une expérience que je compte consolider davantage car j’ai sollicité et obtenu cette année une inscription en Master 2 de Communication Humanitaire et Solidarité à l’ICOM de Lyon 2.

 

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s