Débats

Les 10 commandements pour s’adresser aux journalistes

Acteur de la solidarité internationale, tu tentes désespérément de nouer des relations avec les journalistes de la presse régionale. Conférences de presse, communiqués, mailings… Pas toujours facile d’attirer l’attention médiatique. Voici quelques pistes qui pourront peut-être t’aider dans ta démarche*.

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 Par Romain Desgrand

1 Les règles du jeu, tu accepteras

Lorsqu’on se lance dans les relations presse, un principe de base est à garder en tête : les cartes sont entre les mains des journalistes. Seul le média décide des sujets qu’il publie et de la manière dont il les traite. Tu as passé plus d’une demi-heure à répondre aux questions d’un reporter et seulement deux de tes citations sont reprises dans l’article ? Le journaliste n’est pas un porte-parole et ne te doit rien. Il n’est pas là pour « faire la communication » d’une association ou de toute autre structure.  Une presse libre est l’un des piliers fondamentaux de toute démocratie.

2 La peur, tu ne connaîtras point

Pour approcher les journalistes, il faut d’abord oser aller à leur rencontre. « Les médias ne sont pas des forteresses », lance Benito Perez, journaliste au Courrier. Ce quotidien genevois se démarque par des choix éditoriaux engagés et publie depuis deux décennies une rubrique sur la solidarité internationale. « Rencontrer les gens est souvent  source d’information précieuse ». Si Le Courrier fait un peu exception, dans le paysage de la presse locale**, rien n’est perdu d’avance.

À RCF Haute-Savoie, Vanessa Parisot-Sansone, explique que, chaque jour, 4 heures de programme sont produites par les journalistes locaux. « Les sujets liés à la solidarité internationale peuvent tout à fait s’inscrire dans la ligne éditoriale de la radio dont le slogan est « La Joie se partage ». Nous réalisons notamment des magazines qui nous laissent une plus grande latitude sur la façon d’aborder un sujet. »

3 Des choix, tu feras

Une fois décidé, une question se pose : de quoi parler exactement ?  Pour se donner plus de chance, mieux vaut ne pas tout mélanger. Les journalistes ont pour habitude d’écrire des articles « angler », traités sous un aspect précis. Cible donc d’emblée l’information qui te semble la plus essentielle à faire passer et met-la en avant.  Bien entendu, il faut éviter le ton commercial et publicitaire.

Par ailleurs, le journaliste ne connaît pas forcément le sujet en question. Pour ne pas le perdre en route, oublie les sigles, les expressions réservées au cercle de convaincus et les phrases à rallonge. Astuce : fais relire ton texte à une personne totalement novice en la matière. Si elle comprend tout, c’est un bon début.

Romain Desgrand4 Une histoire, tu raconteras

Assis devant ton écran, tu cherches tes mots. Page blanche. Deux objectifs peuvent te guider : apporter de l’information et donner envie de la lire. Il ne s’agit pas ici de broder mais d’amener le sujet de façon à capter l’intérêt. « Aujourd’hui, les médias sont saturés par tout type de demandes de traitement d’information, témoigne Gérard Fumex, rédacteur en chef de Librinfo74.frNotre soucis en tant que journaliste est de montrer ce qui se passe réellement sur le terrain ». Conseil : évitez tout superlatif  de type « un véritable festival », « un événement sensationnel » ou encore « une occasion extraordinaire ».

La meilleure manière d’attirer l’attention est d’avoir du concret, du vivant, du témoignage. La matière première du journaliste, c’est l’être humain. « Plusieurs approches sont possibles, précises Benito Perez. Ce qui compte pour nous c’est d’incarner l’actualité ».

5 La relance, tu utiliseras (mais pas trop)

Faut-il relancer après une annonce ? Oui, mais intelligemment. Bien souvent le journaliste reçoit des dizaines de sollicitations par jour. Il se peut que votre premier message soit passé à la trappe. La relance téléphonique risque surtout d’agacer le rédacteur. Met-toi à sa place : si chaque invitation reçue engendre un coup de téléphone, la journée devient rapidement grisante.  Diversifie les approches : Save the date, teaser, courrier papier (oui, ça existe encore), vidéo, photo… Pour les quotidiens, un rappel le jour même peut être utile s’il s’agit d’un évènement.  Et si la personne invitée n’a pas pu être présente, un compte rendu pourrait lui donner des idées…

9b2600_38a5c2e0aaed40938abc66c0e7ebbf956 Le prisme local, tu adopteras

Tous les journalistes de presse régionale sont formels : l’unique moyen de parler de solidarité internationale dans leurs colonnes est d’aborder le sujet d’un point de vue local. Un témoignage d’un habitant de la région, une association du quartier qui monte un projet… Pour parler de « là-bas », le point de départ doit être « ici ».  C’est l’essence même de ce type de presse : parler de ce qui se passe au plus près des lecteurs. « Ce n’est pas parce que l’évènement semble « petit » que cela ne nous intéresse pas », explique Julien Estrangin, directeur départemental au Dauphine Libéré. « Venez frapper à notre porte dès qu’une information à une valeur locale ».

7  « Dénoncer », tu oublieras

Si ton objectif est de défendre une cause, aussi louable soit-elle, ou de dénoncer une injustice, aborder un journaliste avec une approche « militante » est périlleux.  « Ne comptez pas sur nous pour vous apporter un soutien, prévient Julien Estrangin. Notre rôle est d’apporter une information. Nous ne sommes pas de simples relais d’opinion ».

8 Une porte d’entrée, tu chercheras

Est-il pertinent d’envoyer un communiqué de presse annonçant une conférence sur le changement climatique à un journaliste en charge de la rubrique « faits-divers » ? Un « fichier presse » efficace est  un fichier ciblé. Les médias ont tous une ligne éditoriale mais restent des entreprises humaines, composées de personnes aux sensibilités diverses. En suivant le commandement numéro 1, tu pousseras la porte de la rédaction ou décrocheras ton téléphone pour trouver le rédacteur intéressé par la solidarité internationale.

9 La différence entre journaliste et correspondant de presse, tu feras

En presse locale, on t’orientera certainement vers un « correspondant de presse », surtout en zone rurale. Les correspondants ne sont pas journalistes mais représentent un relais avec rédaction. En PQR (Presse quotidienne régionale), ils écrivent une bonne partie des contenus. Leurs textes sont ensuite relus et mis en page par les journalistes professionnels. Leur rôle n’est pas négligeable. Cependant, en passant par un correspondant de presse, l’article te concernant risque d’être  « coincé » entre l’assemblée générale du club des aînés et la tombola de l’école du quartier. Si tu estimes que le sujet dont tu souhaites parler à plus d’envergure, tourne toi d’emblée vers un journaliste professionnel (cf. commandement numéro 8).

10 De courage, tu t’armeras

Si malgré tout, l’information ne « passe » pas, ne baisse pas les bras. En presse quotidienne, les sujets traités se décident souvent le jour même et tout est incertain. Et Julien Estrangin de conclure : « En journalisme, c’est l’actualité qui commande ! ».

 


* Dans le cadre du projet DevReporter Network, le club de presse Pays de Savoir Solidaire et la Cité de la solidarité internationale organisait une table ronde « Médias-ONG mode d’emploi » jeudi 11 juin 2015. L’objectif était de sensibiliser les acteurs de la solidarité internationale à l’approche des médias et de les amener à être plus efficaces dans leurs communications. Au même moment lors du Forum international de Turin, des journalistes et acteurs de la solidarité internationale de plusieurs pays se sont regroupés pour travailler ensemble à l’élaboration d’un vadémécum de recommandation pour améliorer l’information sur les pays du Sud. Le document sera disponible prochainement.

** La ligne éditoriale des médias régionaux n’est souvent pas propice aux sujets liés à la solidarité internationale. Consulter les études réalisées en Rhône-Alpes dans le cadre du projet DevReporter Network.

Une réflexion sur “Les 10 commandements pour s’adresser aux journalistes

  1. Bonjour Romain

    C’est très bien. J’€™aurais juste une remarque concernant le point 7 : les journalistes ont toute latitude pour recevoir des militants et SONT des relais d’€™opinion, à condition que celle-ci s’€™appuie sur des FAITS (un fait vaut mieux qu’€™un long discours, dit-on chez nous).

    Les « bonnes » (et les mauvaises !) causes ont besoin d’€™écho et passent toujours par les médias.

    Un point important a été oublié : la CAUSE justement est plus importante que l’€™ACTION de l’™ONG.

    Belle fin d’été

    Christine Cognat

    Présidente de REPORTERS SOLIDAIRES

    Tél: +33 6 45 20 19 54

    E-mail: christine.cognat@wanadoo.fr

    Site: http://www.reporterssolidaires.com

    Skype: christine.cognat

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