Cas pratiques

Migrations : une autre façon de traiter l’information ?

Basée à Villeurbanne dans le Rhône, l’association Tabadol organise des rencontres internationales « Journalisme et médias : une autre perspective – écrire sur l’exil et la migration »*. Des jeunes de différentes nationalités vont ainsi se rassembler à plusieurs reprises pour réfléchir à une nouvelle manière de traiter l’information.

Par Romain Desgrand

24 jeunes, 3 pays (Liban, France, Allemagne), 1 objectif : illustrer la diversité du monde arabe en s’éloignant des stéréotypes. Tel est le principe des rencontres internationales « Journalisme et médias » qui débuteront du 8 au 16 avril 2017 à Beyrouth.  Le projet a vu le jour en réponse au contexte international actuel où l’accueil des réfugiés fuyant la guerre en Syrie engendre tensions et polémiques en France comme en Allemagne. Depuis plusieurs années, les médias traitent régulièrement les sujets « réfugiés », « migrants » et « islam » en véhiculant parfois des discours raccourcis et des images stéréotypées. « Les imaginaires sur cette partie du monde [Ndlr. le monde arabe] renferment encore beaucoup de préjugés renvoyant notamment à une certaine vision de l’islam, une vision de femmes opprimées, de guerres de religions et de guerres civiles, de réfugié-es errant sur les routes… Même si certains de ces clichés sont fondés sur du réel, il existe un vrai danger de simplification de la lecture et de l’analyse des situations rapportées », explique sur son site Internet l’association Tabadol.

Comment apporter un autre regard sur ces phénomènes ? Comment prendre plus de recul ? Agés de 18 à 30 ans, les participants (8 par pays) ont tous une expérience journalistique et l’envie de faire bouger les lignes. Ils se réuniront à trois reprises, d’avril 2016 à mars 2017, d’abord au Liban, en Allemagne puis en France. Les rencontres permettront de confronter les expériences, les perceptions, les postures de chacun autour d’une approche de « pédagogie active ». « Nous n’apportons pas de savoir descendant, explique Élodie de l’association Tabadol. On construit tout avec ce qu’apportent les participants, avec ce qu’ils ont pu vivre ou expérimenter ». Des échanges avec des associations locales spécialisées sur les thématiques des migrations et des réfugiés viendront également ponctuer les trois rencontres.

L’association met en avant 4 objectifs autour ces ateliers:

  • développer une approche interculturelle du travail journalistique et médiatique, prenant en compte la posture de travail, le contexte et les enjeux dans lesquels on se situe en tant que journaliste, quel que soit le medium employé ;
  • permettre une meilleure compréhension des contextes sur lesquels travaillent les journalistes quand il s’agit de réfugié-es, grâce à une lecture multifactorielle : sociale, politique, économique, géopolitique, culturelle… et ainsi acquérir une réflexion critique et globale sur le sujet ;
  • constituer un réseau international de journalistes et médias travaillant dans des contextes différents afin de pouvoir échanger sur les réalités professionnelles respectives ;
  • œuvrer collectivement pour une prise en charge plus juste de la problématique des réfugié-es dans nos sociétés.

La coopération entre les participants sera également l’un des mots d’ordre de ces rencontres : « il ne s’agit pas simplement de se côtoyer mais de faire ensemble, aussi bien dans les ateliers que dans les moments de la vie collective ». Chacune des phases donnera lieu à la production de contenus journalistiques par les participants sans aucune exigence sur la forme (écrit, radio, vidéo…).

Sans occulter les problématiques réelles, le projet vise à contribuer à la naissance d’une information plus contextualisée, aidant à comprendre la complexité des thématiques liées à l’exil et aux migrations. Ces trois rencontres forment une première phase du projet qui devrait par la suite permettre la création d’un module de formation destiné à sensibiliser les professionnels de l’information à une nouvelle façon d’appréhender ces sujets.

Pour réaliser ce projet l’association Tabadol, qui signifie « échange » en arabe, s’est associée avec le Bapob une organisation allemande spécialisée dans les échanges de jeunes à dimensions interculturelle et citoyenne et Mashallah News, un site d’information dont l’équipe est basée au Liban.

drnCette initiative fait écho au projet européen DevReporter Network qui a réuni de 2013 à 2016 des journalistes et des acteurs de la solidarité internationale de trois territoires : Rhône-Alpes, Catalogne et Piémont. Sa mission était de créer les bases d’un réseau de journalistes et d’acteurs de la solidarité internationale afin d’améliorer, plus largement, l’information sur toutes thématiques liées aux pays en voie de développement et à la coopération internationale. Il a notamment permis la création de différentes productions journalistes et la diffusion d’un vademecum pour une meilleure information sur la solidarité internationale et les pays du « Sud ». Les porteurs du projet DevReporter Network et d’autres partenaires ont récemment déposé un nouveau dossier auprès de l’Union européenne afin de poursuivre le travail autour des ces thématiques. Une réponse devrait être communiquée dans les prochains mois.

* Le projet est notamment financé par Erasmus + et l’Ofaj (Office franco-allemand pour la Jeunesse)

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